Assez logiquement, du fait de mes études d’ingénieur du son à l’INSAS (école de cinéma à Bruxelles), j’ai participé à des tournages: le premier, alors que j’étais encore étudiant, comme assistant de Jean-Louis Ducarme, sur le tournage du film de Claude Lelouch « Le chat et la souris » (Michèle Morgan, Serge Reggiani, Philippe Léotard, …).
Bien plus tard, après avoir travaillé sur des reportages pour la RTBF et enregistré pas mal de disques pour des musiciens, Gérard Corbiau (1) m’a demandé d’assurer le son de son film « Le Maître de Musique ». Quelle aventure ! Au départ personne n’y croyait : « Un film d’époque sur l’art lyrique ? Avec de la musique classique ? Et un chanteur d’opéra pour tenir le premier rôle ? Vous n’y pensez pas, ça ne marchera jamais ! ». Après un parcours semé d’embûches pour boucler sa production, belge donc modeste, Gérard Corbiau a le feu vert pour réaliser le film dont il rêve depuis 5 ans avec son co-scénariste et initiateur du projet : Luc Jabon.

La musique est au cœur de cette histoire où un chanteur d’opéra abandonne la scène pour transmettre son art à de jeunes élèves. Son enregistrement débute plusieurs mois avant le tournage. Les parties orchestrales sont interprétées par l’Orchestre Symphonique de la RTBF (qui n’a pas encore été dissous à l’époque), sous la direction d’André Vandernoot et de Ronald Zollman. A cela s’ajoute un choix de lieder et d’airs d’opéra qu’interprètent le baryton José van Dam, qui dans le film incarne son propre personnage, la soprano Dinah Bryant et le ténor Jérôme Pruett, dont les voix chantées seront ensuite substituées par playback à celles des jeunes comédiens Anne Roussel, Philippe Volter et Marc Schreiber.
Vu le budget restreint, le tournage dure 8 semaines, ce qui est peu pour une fiction en décor naturel et costumes d’époque, dans un rayon proche de Bruxelles, principalement au château de La Hulpe.
Sorti en salles le 21 mars 1988, Le Maître de Musique fait immédiatement sensation. Le film séduit autant par son écriture, sa mise en scène et la subtilité avec laquelle parole et musique s’enchevêtrent en parfaite harmonie, que par la manière dont le langage corporel et les silences comptent autant que la parole et la musique. Il remporte d’emblée l’adhésion de la critique et se hisse à un niveau de fréquentation record : 100.000 entrées rien qu’en 1988. Le 33 tours de la bande-son devient disque d’or en quelques semaines est sera réédité en CD. A ce succès et cette reconnaissance viennent s’ajouter la joie des récompenses : cerise sur le gâteau, Le Maître de Musique est le premier film belge nominé aux Oscars à Hollywood.
Projeté la même année en marge du festival de Cannes, le film séduit de nombreux distributeurs étrangers et sort dans plus de 60 pays.
(1): Avant de devenir cinéaste, Gérard Corbiau est d’abord un homme de télévision. Il entre comme réalisateur à la RTBF où il travaille pour le Journal Télévisé et le service des reportages dans les années 70 avant de passer au service Musique au début des années 80. Après le succès du Maître de Musique, il se tourne vers la France où il réalisera, entre autres, et en maître, Farinelli et Le roi danse. Vous avez dit « Musique » ?
