Les paramètres d’une recherche d’émail peuvent varier à l’infini. Ici, je me suis donné les limites et contraintes suivantes : monter à cône 8 en atmosphère réductrice et centrer la recherche autour de deux ingrédients à ma disposition : les cendres de mon poêle à bois (mélange chêne-pin, apportant le CaO de la base) et un vieux stock de rouge de Thiviers (provenant de dalles silico-ferrugineuses composées principalement de quartz et de plusieurs variantes d’oxydes de fer). Souhaitant favoriser l’hétérogénéité du résultat, l’oxyde de titane est présent à raison de 5,5% dans tous les échantillons. J’ai choisi la néphéline-syénite pour le pôle alcalin de la base de l’émail, et pour l’apport d’alumine, le ball-clay, que je préfère au kaolin dans le cas d’une monocuisson. Quant à la silice, comme le rouge de Thiviers et le ball-clay en fournissent tous deux dans des proportions variables pour chaque essai, j’ai pris le parti de ne pas en rajouter, et pour limiter le nombre d’échantillons, je me suis aidé d’un logiciel de calcul pour cibler les plages de fusibilité les plus pertinentes et maintenir l’indice d’acidité égal ou supérieur à 1 (préférable en cas d’émail utilitaire). 18 recettes ont ainsi été élaborées, dans lesquelles la néphéline a varié entre 10 et 60%, les cendres de 10 à 30%, le ball-clay de 5 à 30% et le rouge de Thiviers de 20 à 35%, le tout par pas de 5%. Pour la préparation des éprouvettes, j’ai appliqué la méthode des mélanges développée par Alain Valtat, et chaque recette a été appliquée sur 3 terres différentes (PRAM de SiO2, WMS2002 de Sibelco et 596 de G&S). Quelques images de la phase de préparation des échantillons (0, 1, 2 couches) :
Résultat d’ensemble, avec, de gauche à droite, 3 formules au diagramme 18, 4 au diagr.26, 4 au diagr.34, 3 au diagr.40, 3 au diagr.46 et le dernier, au diagr.34 (mélange du tout) :
Chaque échantillon est désigné par une lettre, de A à R (ici de gauche à droite). Sans entrer dans les détails, on a d’intéressants bleus de fer aux diagrammes 18 et 26 (plus de cendre, moins de néphéline). L’émail a non seulement bien fondu sur tous les échantillons, mais a une tendance à couler – sans excès – sauf que sur la terre G&S 596 crue (ligne du bas), l’émail n’adhère pas au tesson (à l’exception des formules C, F, Q et R). Pour ces quatre recettes, j’ai voulu voir dans quelle mesure le résultat pouvait être différent si l’émail était posé sur biscuit, et dans tous les cas, la tendance à couler a disparu. Sur les photos ci-dessous, les 3 échantillons de gauche ont été cuits sur cru, les 3 de droite, sur biscuit.



Finalement, comme j’avais 4 échantillons d’un bleu de fer satisfaisant (2 au diagr. 18 et 2 au diagr. 26), j’ai également testé le mélange de ces 4 éprouvettes, dont voici le résultat :
Ici aussi, je préfère la texture plus riche de l’échantillon cuit sur cru. Si vous en voulez la recette, elle est, grosso modo, d’1/4 de Néphéline, 1/4 de Ball-clay, 1/4 de cendre de chêne et pin, 1/4 de Rouge de Thiviers, le tout additionné de 5,5% d’oxyde de titane et de 2% de bentonite. Ceci, bien entendu, avec les réserves d’usage lorsqu’il s’agit de matériaux dont on ne connaît pas la composition exacte.
Bon, assez de bla-bla ! j’applique cet émail sur quelques bols que je cuis au gaz (cuisson #9 de mai 2019 qui a bien fonctionné en réduction), déception, ils sont tous de teinte ocre-brun. Cause probable: couche d’émail trop fine. Recouverts d’une nouvelle couche, j’en recuis deux, et le résultat, bien qu’admirable a de quoi laisser perplexe : si l’un est effectivement devenu bleu, l’autre pas !